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Il y a un mot qu'on baisse la voix pour dire. « Quimbois », « tjenbwa » en créole martiniquais, « kenbwa » en Guadeloupe, « tchenbwa » en Guyane. On nous l'a présenté comme de la sorcellerie, de la superstition, des histoires de bonnes femmes. Mais voilà ce qu'on ne nous dit jamais : le colon ne l'a pas interdit parce qu'il n'y croyait pas. Il l'a interdit parce qu'il y croyait autant que nous.

Dans cet épisode, trois pistes étymologiques et aucune n'a gagné : le français « tiens, bois », l'injonction du guérisseur ; le kikongo « kimbwa », que les uns traduisent par connaissance et les autres par l'esprit qui veille sur une lignée ; et le kalinago « akamboué », les esprits des ancêtres, piste défendue par l'ethnobotaniste martiniquais Emmanuel Nossin. Le mot est aussi métissé que la pratique.

Puis l'histoire de la répression. Sur l'habitation, connaître les plantes, c'était se soigner sans le maître, accoucher sans le maître, donc lui échapper. L'historienne Caroline Oudin-Bastide a montré que l'accusation d'empoisonnement a fonctionné comme une panique coloniale, nourrie par des maîtres qui croyaient eux-mêmes aux forces occultes. Une peur souvent sans preuve, mais qui a fait des morts bien réels : de 1724 à l'abolition, des tribunaux spéciaux ont jugé, condamné et exécuté. Et en 1760, juste après la révolte de Tacky, la Jamaïque a voté une loi qui interdisait l'obeah par son nom.

Une précision qui compte : cet épisode n'est pas une apologie d'une croyance. Je ne demande à personne de croire à quoi que ce soit, chacun sa foi et ça ne regarde que lui. Ce que nous faisons ici, chaque lundi, c'est décoder les mots pour reprendre prise sur nos imaginaires. Décoloniser les mots, décoloniser les pratiques, et rouvrir le champ des possibles.

Et pendant qu'on riait du quimbois, on a laissé se perdre l'autre moitié : les plantes, les tisanes, le savoir des vieux. L'agence du médicament recense aujourd'hui environ soixante-quinze plantes d'outre-mer inscrites à la Pharmacopée française. Ce qu'on appelait sorcellerie est en train d'entrer dans la pharmacopée.

Ce n'était pas de la sorcellerie. C'était de l'autonomie.

Texte intégral, précisions et sources : https://refletsdusud.blog/quimbois-tjenbwa-savoir-autonomie/

Ni publicité, ni sponsor. Si ce travail compte pour vous, soutenez-le sur Tipeee : https://fr.tipeee.com/reflets-du-sud/

« Reprendre les mots » est une série de Reflets du Sud. Un mot par semaine, décodé, rendu à son histoire.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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    Il y a un mot qu'on baisse la voix pour dire. « Quimbois », « tjenbwa » en créole martiniquais, « kenbwa » en Guadeloupe, « tchenbwa » en Guyane. On nous l'a présenté comme de la sorcellerie, de la superstition, des histoires de bonnes femmes. Mais voilà ce qu'on ne nous dit jamais : le colon ne l'a pas interdit parce qu'il n'y croyait pas. Il l'a interdit parce qu'il y croyait autant que nous.

    Dans cet épisode, trois pistes étymologiques et aucune n'a gagné : le français « tiens, bois », l'injonction du guérisseur ; le kikongo « kimbwa », que les uns traduisent par connaissance et les autres par l'esprit qui veille sur une lignée ; et le kalinago « akamboué », les esprits des ancêtres, piste défendue par l'ethnobotaniste martiniquais Emmanuel Nossin. Le mot est aussi métissé que la pratique.

    Puis l'histoire de la répression. Sur l'habitation, connaître les plantes, c'était se soigner sans le maître, accoucher sans le maître, donc lui échapper. L'historienne Caroline Oudin-Bastide a montré que l'accusation d'empoisonnement a fonctionné comme une panique coloniale, nourrie par des maîtres qui croyaient eux-mêmes aux forces occultes. Une peur souvent sans preuve, mais qui a fait des morts bien réels : de 1724 à l'abolition, des tribunaux spéciaux ont jugé, condamné et exécuté. Et en 1760, juste après la révolte de Tacky, la Jamaïque a voté une loi qui interdisait l'obeah par son nom.

    Une précision qui compte : cet épisode n'est pas une apologie d'une croyance. Je ne demande à personne de croire à quoi que ce soit, chacun sa foi et ça ne regarde que lui. Ce que nous faisons ici, chaque lundi, c'est décoder les mots pour reprendre prise sur nos imaginaires. Décoloniser les mots, décoloniser les pratiques, et rouvrir le champ des possibles.

    Et pendant qu'on riait du quimbois, on a laissé se perdre l'autre moitié : les plantes, les tisanes, le savoir des vieux. L'agence du médicament recense aujourd'hui environ soixante-quinze plantes d'outre-mer inscrites à la Pharmacopée française. Ce qu'on appelait sorcellerie est en train d'entrer dans la pharmacopée.

    Ce n'était pas de la sorcellerie. C'était de l'autonomie.

    Texte intégral, précisions et sources : https://refletsdusud.blog/quimbois-tjenbwa-savoir-autonomie/

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    « Reprendre les mots » est une série de Reflets du Sud. Un mot par semaine, décodé, rendu à son histoire.


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