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Quand j’avais sept ans, avec ma mère on est allés visiter le village de mon grand-père, au nord de la Côte d’Ivoire.

Ça devait être le grand moment. Celui du retour aux sources.

Mais quand la voiture s’est arrêtée, tous les enfants du village étaient déjà contre les vitres.

À me regarder, à rire, pire encore, à me faire signe de sortir pour qu’on joue ensemble.

Ma mère est sortie, le chauffeur aussi.

Moi je suis resté dans la voiture, à faire semblant de dormir sous un drap.  

Alors ils sont allés visiter le village sans moi.

Pendant un temps, les enfants m’ont regardé, incrédules.

Ils comprenaient pas pourquoi je sortais pas.

L’après-midi a passé, les enfants sont allés jouer ailleurs, ma mère est revenue, et on a repris la route.

Pendant longtemps ça a été ça pour moi, être métis.

Ce moment-là, où je ne suis pas sorti de la voiture.

Parce que je ne pouvais pas supporter leurs regards qui me montraient que j’étais un étranger.

Alors que moi je pensais : « je viens d’ici ». 

Être métis, c’est savoir qu’on est seul avant les autres.

Être enfant unique aussi.

Enfant unique.

J’ai longtemps cru que ça voulait dire être l’unique héritier de Patrick et Nathalie.

Être différent aussi.

Parce qu’être enfant unique c’est pas la norme. Être métis non plus.

On demande jamais aux enfants qui ont des frères et sœurs s’il auraient aimé ne pas en avoir.

On dit jamais à un blanc « tu ne fais pas Français » ou à un noir « tu ne fais pas Ivoirien, moi j'aurais plus dit Maroc ».

Et puis le temps a passé, ou plutôt le temps passe. 

Maintenant, le moment où mes parents ne seront plus là, existe dans ma tête. 

Alors je comprends encore plus, qu’être enfant unique, c’est être seul. 

On est seul à voir le temps agir sur nos parents.

On est seul quand le temps de nos parents s’arrête.

Alors comment faire quand tout s’arrête ? Comment on affronte ce moment-là ?

Comment on fait pour faire perdurer nos parents ?

Qu’est-ce que ça veut dire de connaître leur histoire et leur intimité ?

Et qu’est-ce que c’est être l’enfant unique et métis de parents séparés ?

C’est hériter de mondes fantasmés et d’histoires inconnues.

C’est être le fruit d’un amour que, personnellement, je n’ai jamais vu.

Ce sont ces mondes, ces histoires et cet amour que vous allez entendre.

Vous allez entendre ce que moi je n’avais jamais entendu.


Patrick, épisode 3 : Voilà Néfertiti.

Patrick raconte sa rencontre avec Nathalie.

Il sera question d’un alpiniste, d’une coiffeuse, d’une mouette, de garages à bites, et d’une main dans les cheveux.


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