
« Et il tomba du ciel une grande étoile, ardente comme une torche, le nom de cette étoile est Absinthe. Le tiers des eaux fut changé en absinthe, et beaucoup d’hommes moururent de ces eaux, parce qu’elles étaient devenues amères. »
C’est sur cet extrait de l’Apocalypse que Maria le Hardouin ouvre son roman. Le ton est donné. Il n’est pas suffisant de croire que les eaux douces de notre monde seront empoisonnées par la chute de l’astre. Il n’y aurait là pour l’auteure qu’une variation incomplète sur une malédiction.
Non, l’important est ce qui survient quelques jours après, quand les hommes assoiffés se résigneront à boire l’eau empoisonnée par désespoir. La variation sur l’incompréhension devient alors une grande et funeste symphonie sur l’avilissement. C’est sur cette mutilation morale qui s’accomplit souvent grâce au corps que Maria le Hardouin a bâti cet étouffant roman encré dans la seconde guerre mondiale.
Ce roman est une pièce à verser au procès de l’Homme qu’a ouvert la littérature avec la seconde guerre mondiale. René Marill Albères qui publie en 1945 un Essai sur le roman actuel intitulé Portrait de notre héros s’enthousiasme dès la première page : « cette brutalité sombre du théâtre de Sartre, cette odeur de sang frais du roman contemporain, ce sont les couleurs, les sons et les parfums d’un monde nouveau, dont nous ignorons encore le démiurge » et continue plus loin « chaque roman qui compte nous laisse le même goût de cendre et de poussière, la même violence contenue du monde et la même désespérée solitude devant la destinée. »
Pierre-Henri Simon, qui accuse une génération de plus qu’Albères, et qui a publié coup sur coup en 1950 deux essais : L’homme en procès d’abord puis Procès du héros évoque un tournant ontologique : la jeune génération d’écrivain n’est plus humaniste. Les derniers à avoir cru au « triomphe (...) de la raison et de la sagesse » même devant les épouvantables « malheurs de (ce) temps », tous les Claudel, Bernanos, Rolland, Mauriac, Giraudoux, Duhamel, Valery, Gide, sont balayés d’un revers de la main par des écrivains qui ne ressentent plus que la nausée, la gratuité et le non-sens.
La guerre, démesurée dans son ampleur n’entraine plus une réaction d’indignation tout aussi démesurée ; au contraire, Simon l’affirme, « les six années de sang et de douleurs qui ont passé entre le premier bombardement de Varsovie (…) et l’éclair mortel d’Hiroshima, l’effroyable régression de la civilisation qu’elles ont apportée (…) n’a pu que hâter la descente de l’homme contemporain dans le désespoir. »
Le reste est à découvrir en écoutant le podcast.
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