
🎙️ Épisode 24 – Souveraineté et pardon : se libérer sans se trahir
Pour ce 24ᵉ épisode, qui marque la première année du podcast, je vous propose d’explorer un thème délicat : le pardon.
Le mot pardon vient du latin perdonare, « donner pleinement », « remettre une dette ». À l’origine, il s’agissait de relâcher un lien. Avec le temps, il est devenu une injonction morale : « Il faut pardonner. »
Or une injonction ne libère pas. Elle crée de la pression et de la culpabilité.
Dans ma pratique, beaucoup me disent :
« Je sais qu’il faudrait que je pardonne… mais je n’y arrive pas. »
Et c’est normal. Le pardon ne se décrète pas.
Les neurosciences montrent que garder une rancune active maintient le cerveau en état d’alerte : activation de l’amygdale, sécrétion de cortisol, ruminations, fatigue émotionnelle. Le système nerveux continue d’agir comme si le danger était toujours présent.
Mais le cerveau ne sait pas faire semblant. Se forcer à pardonner intellectuellement alors que la blessure est encore vive crée une dissonance : le mental dit « c’est réglé », le corps reste en vigilance.
Je le dis clairement : on ne DOIT PAS pardonner.
Surtout pas en cas de violence, d’abus ou de trahison profonde. Se forcer peut conduire à minimiser ce qui a été vécu ou à se trahir une nouvelle fois.
La souveraineté, ce n’est pas être « spirituellement correct·e ».
C’est être juste avec soi-même.
Dans une approche souveraine, le pardon n’est pas un objectif. C’est une conséquence possible d’un processus intérieur. Il peut émerger lorsque :
la blessure a été reconnue,
la colère a pu s’exprimer,
la tristesse a été accueillie,
la sécurité intérieure est revenue.
Et parfois… il n’arrive pas. Et pourtant, la personne se sent libre.
Le vrai critère n’est pas :
« Ai-je pardonné ? »
Mais :
« Est-ce que cette histoire me gouverne encore ? »
Le chemin de libération passe par trois étapes essentielles :
1️⃣ Nommer précisément la blessure : identifier la limite franchie, la valeur bafouée, le besoin ignoré. Nommer, c’est reprendre du pouvoir.
2️⃣ Accueillir la colère comme une énergie de protection, lui offrir un espace d’expression sain pour qu’elle puisse circuler.
3️⃣ Renoncer à l’attente d’excuses ou de réparation qui ne viendront peut-être jamais. Cette attente maintient un lien invisible. Y renoncer, c’est retrouver sa liberté.
Lorsque la blessure est reconnue et traversée, le cerveau reçoit un message nouveau :
👉 « Le danger est identifié, et je ne suis plus impuissant·e. »
Le système nerveux s’apaise, les ruminations diminuent, une distance devient possible. Et c’est seulement là que, parfois, le pardon émerge naturellement — non comme une obligation morale, mais comme un effet secondaire de la libération.
Le pardon souverain, quand il existe, ressemble à ceci :
👉 « Je choisis de ne plus laisser cette histoire conditionner ma vie. »
Il ne s’agit ni d’oublier, ni d’excuser, ni de minimiser.
Il s’agit de cesser de donner du pouvoir à ce qui a blessé.
Il s’agit de se choisir.
Merci pour votre écoute, et à très bientôt pour un prochain épisode. 🎙️
Bien à vous
Sylvie
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